Un ancien maire de Champigny est devenu préfet de police en 1849

Publié le par Catherine et Marcel

Lors de la visite des amis de Thorigny à Champigny, le samedi 12 septembre, son président, monsieur Jean-Francis Charrey, nous a transmis la biographie passionnante de Pierre Carlier, campestrien, devenu préfet de police en 1849, l' un des futurs conjurés du coup d’Etat du 2 décembre 1851 . Il fut aussi le propriétaire des chateaux de Champigny et de Thorigny!

Hugo (qui ne l'aime pas) le cite dans les Châtiments. Il est vrai que Carlier a fait abattre tous les arbres de la Liberté de 1848!

Viens, lève-toi! flairant dans l'ombre les escrocs,

Le dogue Liberté gronde et montre ses crocs.
Quoique mis par Carlier à la chaîne. il aboie.
N'attends pas plus l
ongtemps! c'est l'heure de la proie. (Victor Hugo Nox)

Pierre Carlier 1794-1858

Pierre Carlier 1794-1858

Les Carlier à Champigny  (1789–1847)

1–1789 : établissement de Pierre Carlier, ingénieur civil à Champigny

On  lit dans une biographie manuscrite [1] de Pierre Carlier, le préfet de police, conservée à Thorigny le commentaire suivant sur son père aussi appelé Pierre Carlier : « Monsieur Pierre Carlier originaire du département de l’Aisne, en l’année 1783 était ingénieur dans le département du Nord. Il fut déplacé par la révolution de 89 et vint habiter Champigny sur Yonne où il fut honoré de la confiance de Madame la marquise de Champigny et de Madame la marquise de Balincourt sa fille. Cette dernière fut emprisonnée assistance pendant la terreur, et mourut en prison de la petite vérole laissant deux enfants et nommant Monsieur Carlier son exécuteur testamentaire. »

L’ingénieur civil avait une quarantaine d’années lors de son emménagement à Champigny. Curieusement la biographie mentionnée ne fait pas état des travaux d’assèchement des marais de Bourgoin dans l’Isère qu’il venait de réaliser à la fin du règne de Louis XVI [2]

A-t-il choisi Champigny en raison de ses relations avec la famille de Champigny ? Ou est-il venu pour réaliser un projet de travaux publics dans le bassin de l’Yonne non réalisés à cause de la révolution ?

À Champigny, nous savons qu’il devint industriel et agriculteur[3] : il créa une tuilerie, et une activité de marchand de bois.

L’ingénieur civil se marie à Champigny le 21 mai 1791 avec Marie Anne-Charlotte Faguet, et ils eurent cinq enfants :

deux filles : Marie (1796–1868), et Marie-Jeanne qui décède très jeune

trois fils : Pierre Charles Joseph (1794–1856), le futur préfet de police, François Henry qui deviendra sous-lieutenant du troisième régiment des chasseurs d’Afrique et décédera en 1835 à l’hôpital de Bône en Algérie, et Jacques Adolphe (1800–1893 ) le futur vicaire général, doyen du chapitre de la cathédrale de Sens.

L’ingénieur civil décède en 1799, laissant cinq enfants à la charge de sa jeune veuve : celle-ci courageuse énergique et très croyante, poursuit les activités agricoles et industrielles de son mari, notamment la tuilerie, et elle soigne particulièrement l’éducation de ses trois garçons. Pour cette raison elle ira habiter à Joigny en 1808 où se trouvait un bon collège. Puis elle enverra ses trois fils au séminaire de Troyes : le futur préfet de police y étudiera la rhétorique, la philosophie, et la théologie jusqu’en 1814.

2–1818 : retour de Pierre Carlier, le futur préfet de police, à Champigny dont il devient maire

Après ses études, le jeune Pierre Carlier effectue un voyage en Martinique, où il accompagne un de ses cousins. En 1815, il devient secrétaire particulier de Monsieur de Permond  lieutenant général de police qui l’emmène à Strasbourg, à Lyon et à Marseille.

En en 1818, il rentre à Champigny où il prend la succession de sa mère dans les activités de production de tuiles et de négoce de bois. Il résida Champigny jusqu’en 1827, et sera maire de Champigny de 1820 à 1826[4].

En 1820, il épouse Bérénice Pauline Hann, fils d’un commissaire de marine du Havre, cousines de victoire Tarbé, de Sens.

En 1827, il quitte Champigny pour démarrer une expérience malheureuse de négoce international au Havre en association avec un cousin de sa femme, ce qui l’amènera ensuite à retrouver un emploi dans la police parisienne dont il deviendra chef de la police municipale, jusqu’en 1833. En 1833 il quitte la police, s’établit à Lyon, où il crée une compagnie d’assurance, la lyonnaise, et achète une charge d’agent de change.

3–1844 : acquisition par Pierre Carlier, en association avec Lamy du château de Champigny

Pierre Carlier rentre à Paris en 1840, et il y établit la compagnie d’assurances la lyonnaise.

En 1843, il achète la maison de Thorigny sur Oreuse.

Le 25 avril 1944, il achète en association avec Lamy, le château de Champigny et son domaine pour un prix de 530.000 Fr. au comte Perregaux. Cet achat sera financé à hauteur de 206.520 Fr. par la vente à Monsieur Maurice Cottier de la pièce de Rachais et de la terre de l’église , 73 ha[5].

Nous manquons de détails sur le dénouement de cet investissement au cours des années suivantes. Il a revendu sa part au baron Cottier. [6]

Pierre Carlier réintégrera la police le 20 décembre 1848, et deviendra préfet de police en 1849. Il sera un des organisateurs du coup d’état du 2 décembre 1851. Après il deviendra conseiller d’État, sera élu conseiller général de Villeneuve L’ Archevêque, nommé maire de Thorigny sur Oreuse et décédera à Sens en 1858.

 

[1] biographie rédigée probablement par ses filles après sa mort. Évidemment le département du Nord n'existait pas encore avant la Révolution

[2] mémoire de Canler, Mercure de France, page 404.

[3] biographie manuscrite de Thorigny

[4] biographie de Pierre Carlier sur le site amidethorigny.com

[5] livre de comptes de Pierre Carlier conservé à Thorigny

[6] idem

auteur: Jean-Francis Charrey  (nous nous excusons de la mauvaise qualité des copies, nous les retranscrirons bientôt)
auteur: Jean-Francis Charrey  (nous nous excusons de la mauvaise qualité des copies, nous les retranscrirons bientôt)

auteur: Jean-Francis Charrey (nous nous excusons de la mauvaise qualité des copies, nous les retranscrirons bientôt)

Lettre autographe signée, Paris, 11 novembre 1850, à Charles Jourdain ; 1 p. in-8°, en-tête Cabinet du Préfet de Police.  Il le prie d’obtenir du ministre [de l’Instruction publique et des Cultes, Esquirou de PARIEU] une audience en faveur du dénommé Merlieux, « qui après avoir suivi les clubs, a été corrigé, & est revenu dans le bon chemin. C’est un bon jeune homme que je cherche à ramener… »

Lettre autographe signée, Paris, 11 novembre 1850, à Charles Jourdain ; 1 p. in-8°, en-tête Cabinet du Préfet de Police. Il le prie d’obtenir du ministre [de l’Instruction publique et des Cultes, Esquirou de PARIEU] une audience en faveur du dénommé Merlieux, « qui après avoir suivi les clubs, a été corrigé, & est revenu dans le bon chemin. C’est un bon jeune homme que je cherche à ramener… »

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