La lessive au cuviau

Publié le par Catherine et Marcel

Avant 1914, la lessive du blanc était une affaire qui durait deux ou trois jours. Mais elle n'avait lieu qu'une ou deux fois dans l'année, à l'automne et au printemps, généralement le lundi ou le vendredi. Elle était une opération complexe comprenant plusieurs étapes. Plusieurs femmes de la maisonnée ou du voisinage se mobilisaient pour mener à bien cette lourde tâche.
On sortait la cuve, appelée aussi cuveau ou cuvier, parfois cuviau à Champigny : un énorme baquet de bois posé sur un chevalet ou un trépied, (voir la photo du cuvier de Germaine 50/80 cm, ci-dessous). Au fond de ce récipient, un trou était en partie obturé par un tortillon de paille bien serré. On le garnissait alors de quelques branches de sarments ou paille, permettant la libre circulation de l'eau à venir. On y ajoutait parfois des racines d'iris (pour parfumer le linge) et de saponaire (qui faisait mousser l'eau).
Une grande toile très solide nommée cendrier ou charrier, charrouet à Champigny était ensuite étendue sur ce fond, débordant largement sur le pourtour. On y entassait d'abord le gros linge (draps) et les torchons puis les vêtements de corps.Le tout était parsemé de cendres. Pas n'importe lesquelles, la cendre de bois, acacia, ormes,charmes. Les cendres étaient bien tamisées dans un crible ou un tamis fin d'osier, parfois dans toile fine. On recouvrait le tout avec les bords du charrouet et l'on y ajoutait une bonne couche de cendre et parfois d'herbes aromatiques (thym, laurier).
Pendant ce temps on mettait à chauffer l'eau dans une grande marmite, une bassine en zinc. La première passe se faisait avec de l'eau chaude, mais pas bouillante, pour ne pas "cuire les taches". Souvent directement de la bassine et parfois à l'aide d'un récipient à long manche, on versait l'eau bouillante qui faisait dissoudre le carbonate de potasse contenu dans les cendres. Cette eau de lessive, le lechu,le lessu, l'su traversait tout le linge jusqu'au bas du cuviau où elle s'écoulait par le trou du fond dans une rigole. On la récupérait ainsi dans une autre plus petite cuve ou bassine et on la remettait à rechauffer. Ce transfert d'eau continuait ainsi des heures durant, une grande matinée pour les grosses lessives, jusqu'à ce que la maitresse de maison juge l'opération suffisante lorsque le lechu était bien sombre.
Et le linge était retiré brûlant du cuviau avec de longues pincettes de bois . On frottait les taches avec une brosse à chiendent et du savon de Marseille puis on le rinçait et enfin il était mis à égoutter sur des tréteaux.

D'après les souvenirs de Germaine Lesourd et de Michel Prignot

Cuvier de Germaine photographié par Michel Prignot
Cuvier de Germaine photographié par Michel Prignot
Cuvier de Germaine photographié par Michel Prignot
Cuvier de Germaine photographié par Michel Prignot

Cuvier de Germaine photographié par Michel Prignot