Noël avant la consommation

Publié le par Catherine et Marcel

(dessin à la plume de Gérard Gallot)

(dessin à la plume de Gérard Gallot)

Avant les années 60 les enfants de Champigny ne recevaient pas autant de cadeaux. Ils étaient très heureux d'avoir une orange ou un jeu de cubes qui avait été acheté à la ville. Certains membres de notre atelier se souviennent avec tendresse des vitrines illuminées et des décorations des commerçants de l'après-guerre avec les moyens du bord ( beaucoup de coton). Les petites filles se sentaient comme des princesses devant les flacons d'eau de Cologne et les vaporisateurs exposés au milieu des guirlandes de la vitrine de la droguerie de madame Anjuanes (en face de l'ancienne boulangerie).

La figure de monsieur Albert Lenoir, blessé à la machoire en 1914, avec sa calotte sur la tête et sa grande barbe noire, l'ogre sympathique de Champigny, a particulièrement marqué les imaginations. Dans la vitrine de sa mercerie-épicerie-tabac, on pouvait rêver devant les cheveux d'ange qui recouvraient mouchoirs, foulards, chaussettes et autres petits cadeaux utiles. On se rappelle encore avec émotion du goût de son excellent gruyère protégé par de grosses cloches de verre ainsi que celui des bonbons multicolores qui luisaient dans d'énormes bocaux.

Quant aux Coopérateurs de Champagne rue du centre vers l'ancienne poste, liés au parti communiste, ils vendaient de tout. Les congélateurs étaient mis en scène grâce à de petites lumières qui décuplaient l'envie d'en posséder un. Ils avaient mis au point un système de points qui permettaient d'accéder à des cadeaux ainsi que des actions dont certains possèdent encore les papiers sans grande valeur aujourd'hui!

Le grand événement de la soirée du 24 décembre était la messe de minuit car les enfants avaient le droit d'y participer et de veiller tard. On y chantait "Minuit chrétien". Une crèche était préparée par le bedeau de la fabrique. Jusqu'en 1905, la fabrique jouissait d'un grand prestige et jouait le rôle de la mairie actuelle. Elle exerçait aussi une certaine surveillance morale et religieuse, assurant la cohésion sociale de la communauté. Le curé était sans doute la personnalité la plus importante du village, avec celle de l'instituteur.

monsieur Lenoir

monsieur Lenoir