Témoignage de monsieur Michel Heusch sur le crash

Publié le par Catherine et Marcel

Témoignage de monsieur Michel Heusch sur le crash

Récit de monsieur Michel Heusch sur le crash du « slightly dangerous » le 6 septembre 1943

Mes grands-parents maternels avaient acheté une maison à Champigny sur Yonne (hameau de la Chapelle) pour venir passer en famille les vacances ; comme ils habitaient tous à Paris, Champigny fut choisie en raison de la proximité de la gare de la ligne PLM qui menait à Paris.

A la déclaration de guerre en septembre 1939, ma grand-mère et mes parents décidèrent de m’envoyer à Champigny pour me protéger.

Je fus donc inscrit à l’école de la Chapelle pour la rentrée de 1939. Les événements se précipitant, on vit passer des militaires en débandade qui quittaient la route nationale pour se réfugier dans les bois et qui conseillaient aux personnes de fuir car les allemands étaient à quelques kilomètres.

Ma grand mère et moi nous partîmes en poussant mon landau que nous avions chargé de quelques provisions et surtout de la « précieuse attestations d’assurance ». Après avoir tout fermé, nous prîmes la route ( le chemin du bois de Vaulamoy jusqu’à Villethierry), nous étions le 15 juin 1940,j’avais 9 ans et ma grand-mère 68 ans.

Nous avons passé la première nuit à Villethierry en couchant dans une maison restée ouverte et abandonnée, puis nous avons continué jusqu’à Lixy et Dollot, sur la route, nous avons été rattrapés et doublés par une colonne de blindés allemands qui nous ont incité à rentrer chez nous en insistant qu’il ne nous arriverait rien. A Dollot nous fîmes demi-tour. Notre escapade avait duré trois jours.

Nous avons retrouvé le village occupé par les troupes allemandes, ils s’installèrent même dans l’école qui a du déménager pour s’installer à l’extrémité du pays dans une vaste maison vacante.

Nous fûmes vraiment plongés dans la guerre quand la voie ferrée fut bombardée et les trains mitraillés, l’attitude des allemands s’est mise à changer et les rapports avec les civils plus tendus.

A partir de 1942 nous étions survolés plusieurs nuits par semaine par des escadrilles de bombardiers qui partaient vers l’Allemagne, par le son et vrombissement nous étions en mesure de repérer si les avions étaient chargés de bombes ou s’ils revenaient à vide.

En 1943, les survols s’intensifièrent et le 6 septembre en pleine journée, une forteresse volante est apparue fumant dans le ciel , nettement détachée du reste de l’escadrille, elle venait du côté de Villemanoche et se mit à tourner en accomplissant des cercles concentriques de plusieurs kilomètres dont le centre aurait pu se situer entre la Chapelle et Villemanoche, à chaque cercle en se rapprochant du sol, survolée par des avions de chasse allemands.

Je la vis toucher le sol du bout de l’aile car elle était complètement couchée (je me trouvais à 200 mètre de la chute). L’avion est venu buter sur le talus qui borde la rue de Beaumont et par l’effet du choc la queue arrière est montée en l’air et retombée dans le champ en surplomb, il n’y a eu aucune explosion car le pilote avait vidé son carburant.

Deux minutes plus tard avec quelques voisins nous nous approchâmes des débris fumants, quelques corps brûlés et recroquevillés était apparents, mais le plus étonnant c’est que les allemands dans leur voiture décapotable étaient arrivés sur le point d’impact en même temps que nous, ils nous demandèrent de partir et mirent en place une garde de plusieurs hommes. Des habitants vinrent déposer des fleurs et en représailles la garde fut relevée et remplacée par quelques vétérans qui devaient se débrouiller pour subsister par leurs propres moyens. Les officiers qui ordonnèrent le changement de gardiens nous firent un discours argumentant sur le fait que ces pilotes étaient des criminels de guerre et qu’il venaient de tuer des populations civiles à Stuttgart .

A partir de ce jour, avec les copains de mon âge nous passions nos journées à fouiller l’avion ou ce qu’il en restait, les corps des aviateurs restèrent plusieurs jours sur place protégés par des gardes qui avaient sympathisé avec nous car nous leur apportions un peu de nourriture.

NOTA Pendant que l’avions tournait avant de s’écraser je vis trois parachutistes descendre et se poser, j’ai même hésité à me diriger vers l’un d’eux avant de m’approcher de l’avion mais la crainte m’en a dissuadé.

Michel Heusch

3 septembre 2014

Publié dans Commémoration 39-45